L’archéologie de la mort nous donne à voir la société des vivants sous un angle singulier, oscillant entre peur et fascination. Cependant, au-delà des questions existentielles qu’elle pose à chacun de nous, l’étude des morts est très instructive, elle témoigne des diverses réactions physiques et sociales des vivants face à l’inévitable. L’archéologie funéraire est une source brute et imparfaite, l’idéologie qui se cache derrière les gestes ne pourra qu’être entraperçue mais elle pousse à la réflexion, elle tend à se regarder profondément et autrement.

 

Des pratiques funéraires ténues…


    Les vestiges délivrent des informations captivantes sur l’organisation du cimetière, de la sépulture et sur le défunt. Malheureusement, les études d’anthropologie biologique sur les sites de Grande-Bretagne sont délicates car l’acidité du sol détruit généralement les os, le sexe et l’âge ne sont donc pas toujours connus via cet intermédiaire. Dans ce contexte, les études taphonomiques des sépultures apportent des données de premières importances. La taphonomie apporte des renseignements sur les processus naturels, artificiels ou accidentels qui se produisent dans le sol, par exemple, on peut déceler des anciennes traces de plantes, d’animaux fouisseurs ou encore de pillages. Toutes les perturbations du sol et les processus de décomposition du cadavre sont repérés et permettent de percevoir plus finement l’évolution de la tombe.


Cimetière Garbeg

Fig.1: Illustration du cimetière de Garbeg, inhumation dans longue tombe à ciste (source: Mike Moore, NOSAS)

Mais variées

     Même si les découvertes sont peu nombreuses, les archéologues observent une grande variété dans les pratiques funéraires du nord de l’Ecosse : les ensembles funéraires identifiés comme pictes sont souvent caractérisés par des petits groupes de tertres (terre) ou de cairns (pierre), de forme ronde ou carré, parfois par de longues tombes à ciste (délimitées par des dalles de pierres) ou de simples fosses en plein terre voire des crémations. Les cairns peuvent accueillir plusieurs sépultures (jusqu’à 5 ou 6 individus) alors que les tumulus ne renferment toujours qu’une seule tombe. Etonnamment, l’association de ces deux types d’architecture dans une même contemporanéité peut se rencontrer dans les cimetières entre le 3e et 6e siècle, comme sur le site de Tarradale (fig.2).


Cimetière de Tarradale, photo d'Andy Hickie civilisations anciennes

Fig.2: Cimetière de Tarradale, association de tumulus ronds et carrés (source: Andy Hickie, BBC)

    De plus, les études topographiques révèlent que les cimetières se trouvent en hauteur, à proximité de routes ou de cours d’eau et, plus rarement, de pierres symboliques. Enfin, contrairement à leurs voisins Anglo-saxons, les tombes ne contiennent pas ou peu de mobilier. Les objets peuvent donner des indications chronologiques et typologiques ainsi que des hypothèses quant à l’identité du défunt (sexe, statut social), leur absence est donc une perte d’informations mais elle atteste une homogénéité des gestes funéraires. Ajoutons que le mobilier n’est pas le seul moyen de connaître une partie de l’identité du cadavre, en effet, la construction de ce type de structure demande une action collective qui implique l’existence d’une hiérarchie. Cela suggère que les monuments étaient dédiés à une élite ou, du moins, à des personnes au statut particulier. Par ailleurs, la sépulture pourrait avoir contenu des dépôts organiques ou végétaux qui laissent peu de traces dans le sol.

Quels sont les choix qui ont déterminé ces pratiques ? Les sépultures sans mobilier témoignent-elles de la christianisation, qui délaisse les signes de richesse ? Les formes architecturales usitées sont-elles significatives ? Cela reflète-t-il une influence culturelle ? Y-a-t-il une distinction sociale spécifique ? Les quelques individus identifiés sont des adultes entre 25 et 45 ans, des femmes en âge de procréer ou des guerriers. Les personnes âgés, les enfants et les nourrissons ne sont pas visibles dans ces monuments funéraires, excepté dans le site royal de Forteviot où un enfant de 3 ans a été inhumé. Face à cette lacune étrange, les chercheurs émettent l’hypothèse de l’excarnation – les chairs sont enlevées avant l’enterrement – ou de l’exposition directe du cadavre aux éléments naturels, une pratique détectée durant les périodes précédentes. Quoi qu’il en soit, les pictes semblent bien imaginatifs dans leurs pratiques funéraires!

Rhynie : entre fortification, pierres symboliques et tumulus

Tombe à ciste de Rhynie civilisations anciennes

Fig.3 : tombe à ciste féminine (?),400-570 ap. J.-C., Rhynie (source : NOSAS).

    A Rhynie, un cimetière a été découvert à moins de 500m des structures fortifiées de la vallée et à proximité de pierres symboliques (voir article sur l’habitat). La pierre “Rhynie 3” (le guerrier à la lance) a d’ailleurs été trouvée en association avec un cairn. En 2013, la fouille a identifié 2 tumulus carrés accompagnés, pour l’un, d’une grande enceinte carrée de 20m de diamètre et, pour l’autre, d’une plus petite enceinte de 16m de diamètre. Les tertres mesuraient entre 4-4,5m et étaient orientés N-E / S-O, l’un renfermait une tombe, à longue ciste et bordées de pierres, probablement féminine (fig.3), l’autre contenait seulement des traces de cercueil de bois. Les datations au radiocarbone place des inhumations entre 400 et 570 ans ap. J.-C, c’est-à-dire à la même période que le fort.

 

 

 

Conclusion

    Les cimetières monumentaux prospèrent durant la période de formation des premiers royaumes du nord (5e-6e siècle) où la recherche d’une identité picte se faisait plus pressante. En effet, la construction de tertre et de cairn se distingue des autres pratiques funéraires observées dans le reste de l’Ecosse. Ils couvrent une étendue de territoire plus vaste que ce que l’on pensait, les recherches ont prouvé qu’ils ne se limitaient pas uniquement à l’est et au nord-est de l’Ecosse mais qu’ils étaient aussi à l’ouest du pays. Au 7e siècle, ces modèles funéraires diminuent pour laisser place aux cimetières chrétiens au 8e siècle.