Terre sauvage imprégnée de légendes, l’Ecosse fascine depuis des siècles. Les connaissances que nous avons sur le passé pré-romain de l’Ecosse sont peu nombreuses. En effet, les sources textuelles qui nous sont parvenues sont rares et orientées, néanmoins, elles ne sont pas les seules éléments de savoir : l’archéologie et la linguistique éclairent d’une lumière nouvelle ce domaine.

Que savons-nous des Pictes ? Dans quel contexte historique ont-ils vécu ?

Les Pictes ont peuplé la partie septentrionale de la Grande-Bretagne, et plus précisément le nord de l’Ecosse, à partir du 3e siècle et ont soudainement disparu au milieu du 9e siècle après J.-C. Agricola, gouverneur de Bretagne en 77, les identifia en tant que descendants des Caledonii et donna le nom de Calédonie à la région. Les romains auraient attribué à ces peuples le nom de “picte” (lat. pictii), c’est-à-dire “hommes peints”, tatoués.  A la veille de la conquête romaine, la société picte est organisée en confédérations de tribus qui graviteraient autour d’un « sur-roi » et dont la succession serait matriliénaire, c’est-à-dire selon le lignage maternel.  Elle est structurée en deux niveaux, la cellule familiale et le clan (“lignage”), les chefs de ces clans font partis de l’aristocratie guerrière et se partagent le pouvoir avec les druides.

Malgré cette hiérarchie sociale marquée, la cohésion sociale est très forte au sein des groupes car les individus sont liés entre eux par un ancêtre commun, ils partagent le même récit des origines. Le mythe fondateur des Pictes nous est connu grâce à une copie des Chroniques Pictes de l’évêque Isidore de Séville (†636), il y est dit que Cruithne, fils de Cinge, régna durant un siècle et eut sept fils, qui se partagèrent l’île blanche [Alban, la Calédonie], en sept clans. Sept clans auxquels ils donnèrent leur nom. Ces sept fils sont parfois identifiés comme les sept Sages du Septentrion, les sages primitifs qui résidaient dans les étoiles du septentrion (autour de la constellation de la Petite Ourse).

Ces sociétés claniques, en plein développement identitaire, furent ébranlées par les phases successives de conquêtes romaines puis de migrations barbares.

César conquit l’île en 54 et, utilisant à son avantage les conflits entre les autochtones, il parvint à conquérir le sud de la Bretagne. Durant cette première phase d’occupation, le sud développa d’importantes places centrales dans lesquelles le commerce ne cessa de s’accroître (métaux, esclaves), tout comme l’élevage et l’agriculture. Cet afflux de richesses intensifia les tensions entre les chefferies car toutes cherchaient à contrôler les voies de communication et à étendre leur pouvoir. Les désir d’indépendance et les problèmes de succession n’améliorent pas la situation.

Ces conflits justifièrent de nouvelles interventions romaines sur le sol insulaire, ainsi, en 43, l’empereur Claude envoya près de 50 000 soldats pour pacifier et structurer le territoire. La Bretagne devint véritablement une province romaine et fut administrée par des gouverneurs romains. Toutefois, les mesures de ces derniers furent tellement brutales et humiliantes pour les peuples soumis qu’elles provoquèrent de nombreuses révoltes, comme la tristement célèbre rébellion de la reine Boudicca (ou Boadicée) en 60-61. Un procurateur romain avait prétendu que le roi des Iceni, Prasutagus, avait fait de l’empereur le cohéritier de son royaume; face à cette affront éhontée, la veuve du roi, Boudicca, protesta. Elle fut fouettée publiquement et ses filles données aux soldats romains. Ce fut le signal des révoltes. Malgré quelques victoires, les celtes furent massacrés – Bouddica fut contrainte de s’empoisonner – et l’empire décida de renforcer une nouvelle fois son emprise sur le territoire. Entre le 1e-2e siècle, l’île acheva d’être pacifiée, Agricola était parvenu à mater les peuples du Pays de Galle, du nord de la Bretagne puis du nord de l’Ecosse à la bataille de Mons Graupius en 83. Cependant, certains résistaient encore et toujours… Les attaques continuelles des Pictes ralentirent puis bloquèrent l’expansion romaine. En 122-127, les latins, las de ces décennies de conflits, dressèrent un imposant système défensif (limes) reliant la mer du Nord et la mer d’Irlande : le fameux mur d’Hadrien. Il demeura le seul édifice à se dresser devant les Pictes – le mur d’Antonin (139-149), bâti plus au nord, fut  rapidement abandonné -. Harcelé par les peuples d’Ecosse et d’Irlande, Rome dût faire face, au 3e siècle, à une nouvelle menace : les agressions des populations germaniques, les Francs, les Saxons puis les Frisons, les Angles et les Jutes. Malgré la réorganisation des dispositifs de défense, les pressions barbares et les crises politiques amoindrirent le pouvoir de Rome, et, en 409-410, les bretons étaient définitivement livrés à eux-mêmes.

Cette dislocation progressive du pouvoir romain nous mène petit à petit vers la période du haut Moyen Age, encore trop souvent nommé “Dark Age”. 

guerriers pictes attaquant le mur d'Hadrien

Guerriers pictes attaquant le mur d’Hadrien (source: “Pictish warrior AD 297-841” écrit par Paul Wagner et illustré par Wayne Reynolds)

Naissance de l’Ecosse

    Après le 5e siècle, l’Ecosse était occupée par les Pictes au nord, les Scots – venus d’Irlande – à l’ouest ainsi que des peuples britto-romains au sud, avec les Selgovae au centre et les Votadini à l’est.  L’historien romain, Ammianus Marcelluis (~†395), écrit que Pictes étaient divisés en deux groupes, les Dicalydones et les Verturiones. Au 7e siècle, les Anglo-saxons absorbèrent le territoire des Votadini et continuèrent leur ascension vers le nord, mais, les Pictes, décidément pugnaces, les arrêtèrent lors de la bataille de Nechtansmere (685).  Les Pictes, sous la dynastie des rois Fortriu (Verturiones), se défendirent contre les Anglo-saxons mais aussi contre les Scots, de plus en plus nombreux sur le territoire. Néanmoins, au 8e siècle, la pression viking poussa probablement les royaumes picte et scot à s’allier contre cet ennemi commun : en 840, le glorieux roi Dal Riata Kenneth mac Alpine, dont le père était scot et la mère picte, réalisa l’unification de ce qui sera désormais appelé “Scotland”. Les conditions précises de la disparition des Pictes sont obscures, mais il est probable qu’ils furent assimilés par les Scots. La fin des royaumes pictes sonnent la naissance de l’Ecosse actuelle.

La Gaule, la Grande-Bretagne, l’Irlande, tous ont vécu des migrations de populations qui ont, chacune, apporté leurs richesses culturelles. Parmis ces legs, le christianisme est celui qui s’étendra et s’ancrera jusqu’aux confins de l’île.

 

Entre druidisme et christianisme

    Le christianisme s’est répandu sur l’île, avec quelques ralentissements, à partir 4e-5e siècle grâce à des marchands et des militaires ainsi que quelques missionnaires. Saint-Ninian (†432) fut le premier évêque à venir en Écosse, il y construisit une église, la Candida Casa, et évangélisa le sud et l’est de l’Écosse ainsi que le nord de l’Angleterre. Toutefois, ce n’est qu’en 563 que la christianisation marqua vraiment le territoire écossais : un prince irlandais, saint Colomba, installa son monastère sur un ancien site druidique, l’île d’Iona. Par cet acte, il détruisait symboliquement les dernière traces du druidisme. Mais, malgré la nouvelle religion, diverses cultures continuèrent de modeler le visage de l’ Écosse actuelle. En effet,  même si des doutes sont émis quant à la celticité des Pictes, la forte influence de la culture celtique, et probablement d’autres cultures indo-européennes inconnues, se reflètent dans leur art.

Monastère Iona civilisations anciennes

Monastère d’Iona (source: guide Michelin)

BIBLIOGRAPHIE

Michel-Gérald BOUTET. Sur la Religion des Pictes et les derniers druides d’Ecosse. Academia. 2016 [en ligne], consulté le 19 juin 2020. URL : https://www.academia.edu/25861219/Sur_la_Religion_des_Pictes_et_les_derniers_druides_d%C3%89cosse

– Iain FRASER. The Pictish Symbol Stones of Scotland, Edinburgh: Royal Commission on the Ancient and Historic Monuments of Scotland. 2008.

Toby D. GRIFFEN. The grammar of the Pictish symbol stones. Southern Illinois University Edwardsville, p.11.

– Stéphane LEBECQ. Histoire des iles Britanniques. PUF, 2013, p.976.

Frédéric KURZAWA, Les Pictes : à l’origine de l’Ecosse. Yoran, 2018.

Catalogue Canmore, du National Record of the Historic Environnement : https://canmore.org.uk/

/ https://www.historicenvironment.scot/

 

SOURCES PRIMAIRES PRINCIPALES

Les Pictes sont mentionnés pour la première fois dans les écrits d’Aristote et de Pythéas de Marseille au 4e-3e siècle av. J.-C., puis, en 98 ap. J.-C., Tacide décrit leurs attaques farouches contre les romains dans De vita Agricolae. Les textes qui suivent sont plus tardifs. La source textuelle principale est l’Histoire ecclésiastique du peuple des Angles écrite par le moine Bède le Vénérable (†735), qui a lui-même tiré son inspiration de l’œuvre de Gildas (†565), De Excidio Britanniae. D’autres textes dévoilent également des informations éparses : l’Anglo-Saxon Chronicle (fin du 9e siècle), les annales irlandais, les hagiographies ou encore le fameux Historia Brittonum (830) de Nennius (?) dans lequel le « chef de guerre » Arthur apparaît pour la première fois.

Le mythe fondateur des Pictes est connu grâce au manuscrit de Poppleton (14e s.) , une copie des Chroniques Pictes d’Isidore de Séville (636).