COSMOGONIE ET MYTHOLOGIE DES MÉSOPOTAMIENS

ENTRE – 3000 ET – 1500 AV. JC


Le pays de Sumer se situait à l’extrême sud de la Mésopotamie (actuelle Irak). Il se constituait d’une grande plaine parcourue par Le Tigre et l’Euphrate. Mésopotamie est une dénomination donnée à cette région par les Grecs qui signifie le « pays entre les fleuves ».

Les Sumériens, premiers Mésopotamiens à occuper le pays avaient une certaine manière d’imaginer l‘origine du monde qui les entourait. Ils n’avaient pas une mythologie unique, comparable à celle des Égyptiens ou des Grecs. Leur mythologie comportait de nombreux récits de création qui se complétaient ou se contredisaient parfois. Ils ont été réécrits à différentes époques, modifiés suivant les dynasties en place et selon les idéologies de leurs auteurs. Les mythes mésopotamiens reflètent donc aussi le contexte socio-culturel du moment auquel ils ont été composés ou réécrits.

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a) Les mauvaises femmes: de dangeureuses tentatrices :

Tous les hommes dont parlent les textes ne sont pas sans défaut, la plupart sont lâches, menteurs, violeurs, adultères, intéressés ou criminels. Mais c’est la manière dont les mauvaises femmes sont décrites qui interpelle: La méchanceté des femmes est généralement en lien avec leur activité sexuelle, leurs actions de tentation et leur forte domination sur les hommes par ce biais. Il suffit de quelques exemples pour s’en convaincre : — Eve dans Gén.3,6 qui convainc Adam de manger du fruit défendu. – Dalilah dans Jges 16,15-19 qui fait tant et si bien que Samson finit par lui délivrer le secret de sa force. – Les femmes étrangères que le roi Salomon a épousé et qui le poussent à construire à Jérusalem des sanctuaires à leurs divinités, ce qui est contraire au Yahwisme (I R.11,1-8). – L’exemple le plus frappant est celui des filles de Lot (Gén.19,31-38), le seul inceste père/filles dont parle la Bible, forfait dont la faute leur incombe exclusivement, les auteurs du texte ayant fait en sorte que Lot soit ivre et donc inconscient au moment des faits, ce qui le dédouane de toute faute. Ce récit donne une image monstrueuse des femmes même si sa finalité est d’expliquer l’origine des nations ennemies d’Israël, Moab et Ammon, appelées “abominations”, qui sortiront de cet inceste. C’est dans le chapitre 7 des Proverbes que sont décrites images les plus négatives des femmes: celles de la femme étrangère, la prostituée et la femme adultère. Le thème de la femme ”étrangère” est très fréquent dans les textes. Elle est dépeinte comme une dangereuse tentatrice, une séductrice nuisible, qui attire les hommes par de douces paroles et les emmène à leur perte : “Eloigne-toi du chemin qui conduit chez elle” (Prov. 5,8) …”car les lèvres de l’étrangère distillent le miel, et son palais est plus doux que l’huile; mais à la fin….elle est… comme un glaive à deux tranchants” (Prov.5, 3-4). Certaines auteures estiment que les textes sacerdotaux feraient des soeurs des étrangères au sein même de la famille car la circconcision ne pouvant se pratiquer sur les femmes, elles seraient exclues de facto de ce système de descendance mâle. N’étant pas des hommes, elles sont autres, ne pouvant faire partie de cette communauté “ayant le bon sexe”. Le mot “étrangère” n’a pas de connotation péjorative. Au moins jusqu’après l’exil (période de l’exil à Babylone de 596 à 536 av.JC), les mariages avec une femme étrangère n’étaient pas interdits en Israël, ils étaient même très courants. On se mariait avec des Egyptiennes (Joseph, Gen. 41,45), des Hittites (Gen. 26, 34), des Philistines (Jges 14, 1), des Madianites (Moïse, Ex. 2, 21). Les hommes pouvaient également se marier avec une prisonnière de guerre (Dt. 21,10-13) suivant un processus très simple transformant cette captive étrangère en femme légitime, apte à assurer une descendance. La femme adultère séduit par des paroles aguichantes :Prov.7,16-18: “J’ai orné mon lit de couvertures, de tapis de fil d’Egypte, j’ai parfumé ma couche de myrrhe, d’aloès et de cinnamone, viens, enivrons-nous d’amour jusqu’au matin…” L’homme doit faire très attention de ne pas tomber dans ses filets “car …ils sont nombreux tous ceux qu’elle a tués” (Prov. 7, 25-26). Les textes reprochent à ces femmes de se comporter comme des prostituées. C’est donc pour symboliser la trahison qu’ils emploient ce terme mais aussi pour qualifier les mauvaises moeurs, les pratiques religieuses polythéistes des autres nations, – dentifiées à des prostituées -, ou de celles d’Israël qui se sont perverties à leur contact. Certaines prostituées ont pourtant des comportements exemplaires: – Rahab, sauve la vie des deux espions envoyés à Jéricho par Josué (Jos.2,1-21) – Tamar, veuve par deux fois des fils de Juda n’est pas une prostituée mais va se comporter comme l’une d’entre elles pour tromper son beau-père et lui donner une postérité (Gén.38,24). C’est grâce à elle que Juda est à l’origine de la lignée du roi David. Si elle n’est pas condamnée par les textes, c’est parce que les raisons de sa conduite sont justifiées.

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b) Les bonnes mères et les bonnes épouses

Les textes font les louanges des bonnes mères, bonnes épouses qui sont montrées en exemple pour leur dévouement. Mais les femmes n’ont aucune capacité juridique. Elles sont traitées en objet et sont dépendantes des hommes. La jeune fille appartient à son père qui va la marier vers l’âge de 12 ans, moyennant une contrepartie financière appelée “mohar”. Elle est donc acquise à la famille du mari qui la possède au même titre que le reste de ses biens. Si elle devient veuve avant d’avoir eu un héritier mâle, la loi du Lévirat instaure un mariage avec un frère du défunt ou à défaut un autre homme de la famille. Cette loi assure au défunt une descendance posthume car le premier garçon né de cette nouvelle union est considéré comme le sien et elle protège aussi la veuve qui, dans ce système patriarcal, n’a aucun statut. La crainte de l’autre, l’étrangère, encourage le mariage endogamique (dans la famille) comme l’illustrent certains récits: Abraham épouse sa demie-soeur Sarah, il veut qu’Isaac, son fils, épouse une femme de son pays natal (Gén.24,3-4), Amnon, fils de David, est amoureux de sa demiesoeur Tamar (II Sam.13,10-13). On remarque aussi que dans les temps très anciens, le mariage était monogame pour les femmes et polygame pour les hommes. Lorsque la femme est stérile, c’est même elle qui lui choisit sa deuxième épouse. Sarah dit à Abraham: “viens, je te prie vers ma servante, peut-être aurais-je par elle des enfants” (Gen.16,2-3). Rachel choisit Bilha pour Jacob (Gén.30,1-9). Nous ne savons pas si dans les faits cette pratique était courante. Mais ceci a du être réglementé après l’exil car les Proverbes exhortent les hommes à la fidélité dans le mariage et les lois lévitiques interdiront les mariages avec les femmes de la trop proche parenté. L’accent est mis sur l’impératif de fertilité des femmes et la fonction reproductrice. Celles qui ne peuvent pas avoir d’enfants sont désespérées. Rachel l’exprime à Jacob avec force: “donne moi des enfants ou je meurs !” (Gén.30,1). Aucune femme refuse d’être mère, en outre, elles veulent toutes donner naissance à des fils, les filles ne comptent pas, c’est la mentalité du Proche Orient Ancien. On notera aussi que ce ne sont jamais les hommes qui sont stériles dans la Bible. C’est donc dans son rôle de parent que l’influence et l’autorité de la mère est la plus importante. Les Proverbes nous donnent l’image la plus claire de l’autorité des femmes dans l’instruction des enfants et de leur égalité avec les hommes dans ce domaine. Prov.1,8: ” mon fils, garde les préceptes de ton père et ne rejette pas l’enseignement de ta mère”. Cette égalité entre père et mère se retrouve dans le commandement: “honore ton père et ta mère”. Les textes de sagesse font l’éloge de ces épouses/mères parfaites, pleines de dévotion à leur famille et les corrélations sont nombreuses entre la femme et la sagesse. L’accent est mis sur toutes les tâches que la femme accomplit et qui procurent à son mari sa bonne réputation et sa richesse – alors que dans un système patriarcal on s’attendrait au contraire -.

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c) Les femmes exemplaires 

Se comporter de manière exemplaire c’est essentiellement agir à la place des hommes quand la situation l’exige et que ceux-ci sont soit absents soit défaillants. Ainsi, Ruth, veuve et étrangère puisque Moabite, sauvera la lignée de son beau-père en provoquant un lévirat pour lui assurer une descendance et protéger le patrimoine foncier, cest-à-dire lorsqu’il y a risque que la terre soit distribuée à une autre famille. Esther, interviendra auprès du roi perse Assuérus (Xerxès) et sauvera son peuple de la mort. Elle instaurera la fête de Pourim, la seule du calendrier juif qui ait été promulguée par une femme. L’histoire d’Esther et de Ruth – même si ce sont des figures de style -, démontrent que la réussite et l’exemplarité peuvent émaner des plus faibles, de ceux qui n’ont que très peu de moyens pour agir sur les évènements. D’autres femmes agissent au mépris des conventions sociales quand la Communauté est en danger. Jaël, kénienne, va tuer Sisera, chef de l’armée cananéenne (Jges, 4,17-22) et quelques siècles plus tard, Judith – dont le livre ne fait pas partie du canon biblique -, veuve très pieuse, respectée des anciens de son village, va agir à leur place et tuer le chef de l’amée assyrienne, qui effrayée, prendra la fuite. Toutes ces femmes incarnent l’esprit de résistance et de courage et également l’archétype – à la fois masculin et féminin – du croyant et de ce qu’il doit faire pour sa communauté. Ces femmes sont-elles des figures de style ou ont-elles une réalité historique? On sait aujourd’hui que Judith est un roman théologique et que les livres de Ruth et Esther sont certainement aussi conçus pour servir d’exemples, écrits entre fin VIème et fin IIIème s. av. JC. S’ils mettent en scène des femmes c’est parce qu’elles sont des images, des allégories, représentant la nation d’Israël en danger, Israël appelée l’épouse de Yahweh dans les textes prophétiques. Ce sont des messages adressés aux hommes dans l’intention de marquer leurs esprits, un appel à leur résistance et leur combativité qui signifient que si des éléments moins privilégiés de la société comme de faibles femmes peuvent être héroïques alors les hommes doivent arriver à faire encore mieux. Dans la lignée de ces femmes exemplaires existent celles ayant un certaine autorité, une fonction publique (réservée normalement aux hommes) et une grande autonomie d’action et de décision. Ce sont les reines-mères, les prophétesses et les femmes sages.


d) Les femmes publiques

Les textes attestent que les reines-mères sont respectées: “le roi se leva pour aller à sa rencontre, il se prosterna devant elle…” (I R.2,19). Elles servent parfois d’intermédiaires, de conseillères, grâce à leurs dons de médiatrices entre les différentes factions politiques, elles devaient avoir une grande influence et de l’autorité sur le roi et ses conseillers. Celles du royaume de Juda sont d’ailleurs répertoriées sur les listes royales – nous en connaissons 17 – ce qui n’est pas le cas des épouses des rois ! Leur rôle paraît donc beaucoup plus important que les textes ne veulent bien le dire et elles avaient peut-être une fonction dans le culte qui allait de pair avec leur rôle politique. Il faut citer aussi les femmes désignées comme “mères en Israël”: les prophétesses et les femmes sages. Si elles ont réussi à arriver jusqu’à nous, malgré des textes centrés sur les hommes, cela révèle qu’elles devaient être connues, unaniment respectées et leur activité totalement légitime. Pourtant nous n’avons que très peu de détails sur leur vie. – Myriam, soeur de Moïse est la première dont nous entendons parler. On ne sait presque rien d’elle sinon qu’elle est qualifiée de prophétesse (Ex.15,20), qu’il semble qu’elle ait un rôle dans le culte (Ex.15,20) et qu’elle sera frappée par la lèpre pour avoir osé “parlé contre Moïse” (Nbre, 12,10). Michée 6,4 la place directement aux côtés de Moïse et d’Aaron en tant que guides du peuple qui est sorti d’Egypte. – Déborah, juge en Israël, première prophétesse citée dans les livres historiques, conseille et guide Barak général en chef de l’armée d’Israël dans sa bataille contre l’armée de Sisera, (Jges,4,5ss) elle est donc aussi chef de guerre. Elle se situe dans la droite ligne de Moïse et semble avoir un très grand pouvoir car Barak insiste pour qu’elle l’accompagne (Jges 4,8 : “si tu viens avec moi, j’irai, mais si tu ne viens pas avec moi, je n’irai pas”). Sa présence est donc tout à fait indispensable. – Houlda est prophétesse à Jérusalem fin du 7ème siècle av. JC. Elle est certainement un personnage particulièrement important puisque les instances dirigeantes de l’Etat et le roi Josias vont aller la consulter à la place du prophète Jérémie (Jér.1,2) pour savoir si le livre trouvé dans le Temple est authentique. Elle va le reconnaître comme étant la loi de Dieu (II R. 22,14-20). C’est donc une femme qui légitime la plus ancienne forme du livre du Deutéronome qui sera suivie d’une réforme du culte sans précédent dans l’histoire de la religion d’Israël. Pourquoi avoir choisi une femme pour attester de l’authenticité de ce Livre? Une question qui reste sans réponse mais qui mériterait que l’on s’y arrête. Malgré cet évènement fondateur, Houlda n’apparaîtra plus dans les écrits. – Noadiah est la dernière prophétesse dont nous entendons parler au temps de Néhémie et semble faire partie d’un groupe de prophètes. Nous voyons donc que la prophétie est la fonction religieuse la plus ouverte aux femmes. Dieu parle donc aux hommes ou aux femmes indifféremment. Le don de l’entendre et de transmettre son message est ainsi accordé à tous, sans distinction de sexe ou de statut social. Mais nous n’avons aucun écrit émanant des prophétesses alors qu’il y en a de nombreux pour leurs homologues masculins dont nous avons aussi les noms et des détails de leur vie. D’autres femmes ont le respect de leurs pairs masculins, celles appelées “femmes sages” ou “habiles” que nous rencontrons uniquement dans les textes de II Sam.14,2 et 20,16. Leur nom n’est même pas évoqué. Il y avait aussi des femmes appelées nécromanciennes qui invoquaient les morts et avaient des pratiques divinatoires. Malgré une formelle interdiction par la loi, on allait les chercher pour connaître l’avenir. Le roi Saül lui même y aura recours (IS, 28,7). Ces femmes avaient donc une place essentielle dans la société de l’ancien Israël: elles ont des fonctions publiques au sein d’institutions politiques ou religieuses normalement réservées aux hommes, elles peuvent exercer une grande influence sur les décisions des hommes et même des rois, elles sont intelligentes, clairvoyantes, habiles, – on peut en déduire qu’elles ont du bénéficié d’une certaine éducation -, et leur genre féminin ne paraît à aucun moment poser problème. Enfin, les écrits nous parlent de femmes qui exercent certaines professions qui leur sont d’ailleurs réservées car elles sont reliées à leurs rôles dans la société. Ainsi, on trouve des sages-femmes (Gén.35,17), des nourrices (II Sam.4,4), des pleureuses (Jér.9,17), des femmes travaillant comme servantes ou esclaves dans la maison du roi et qui ont des spécialités: “des parfumeuses, des cuisinières, et des boulangères” (I Sam.8,13), des chanteuses (II Sam.19,35), des musiciennes (I Chron.25, 5-6), des magiciennes (Ex.22,18).

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Myriam, soeur de Moïse

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Débohra, 1ère prophétesse

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Houlda, prophétesse à Jérusalem

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Les pleureuses, profession réservée aux femmes

Conclusion

Les images des femmes offrent une variété de portraits très différents dus à leurs auteurs, la date de rédaction des textes, leur contexte historique ou social, leur idéologie et leur genre littéraire. Beaucoup d’entre elles sont idéalisées ou exagérées dans un sens ou dans un autre et si l’on s’y réfère, les femmes sont soit des tentatrices, de dangereuses étrangères que les hommes doivent éviter, soit des épouses/mères parfaites et sages, certaines étant même des exemples. C’est dans leurs pratiques religieuses que les femmes seront les plus critiquées par les textes et dans le faît qu’elles exercent sur les hommes une mauvaise influence en les incitant à faire comme elles et à se détourner de Yahweh.

Lindisfarne

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